Cette augmentation soudaine inquiète aussi les consommateurs que les acteurs du marché. Pour en savoir davantage sur cette question, nous avons sollicité, le président de l’association El-Aman pour la protection des consommateurs, Hacène Menouar.
El Moudjahid : il y a une augmentation subite des prix de la banane, quelles en sont les raisons ?
Hacène Menouar : Tout d’abord, la banane joue un rôle de régulateur des prix d’autres fruits en Algérie. En effet, c’est un fruit disponible toute l’année, grâce à l’importation. Cependant, l’importation de la banane a été monopolisée par un nombre limité d’importateurs. Ce manque de concurrence dans le secteur de l’importation crée une situation où les prix ne sont pas libres. En réalité, ce domaine est réglementé, avec des agréments délivrés uniquement à certains importateurs, comme c’est le cas pour d’autres produits stratégiques. La solution pour libérer les prix de la banane serait d’ouvrir le marché à davantage d’importateurs. En l’état actuel, le nombre d’importateurs pourrait être multiplié par deux ou trois, afin de stimuler la concurrence.
L’offre et la demande sont-elles seules le facteur de cette hausse ?
Il est important de noter que des facteurs comme la demande accrue durant le Ramadhan jouent également un rôle. En effet, pendant cette période, la consommation augmente, ce qui incite certains commerçants et opérateurs à augmenter un peu les prix. Les autorités publiques avaient anticipé en augmentant les importations de viande, en protégeant les prix des boissons et de la volaille, et en assurant même un approvisionnement en légumineuses. Cependant, elles ont négligé un élément essentiel : la demande de bananes pendant le Ramadhan. Malgré la mise en place de marchés de proximité, les prix de certains fruits, légumes, viandes blanches et rouges ont continué d’augmenter, dès le début du mois béni. Chaque année, l’association El-Aman rappelle que ces marchés de proximité ne sont pas une solution réelle pour réguler la production. Pour réguler le marché de manière efficace, il faudrait mettre en place des structures et des infrastructures durables, qui permettent de suivre la traçabilité des produits et de maîtriser les prix tout au long de l’année. Bien que ces espaces aient été ouverts pour permettre aux producteurs et aux distributeurs de vendre leurs marchandises, la situation en a montré les limites. Initialement, les prix étaient maîtrisés, mais lorsque les consommateurs se sont précipités, pensant que les prix étaient bas, certains vendeurs ont dû augmenter leurs prix. C’est un phénomène récurrent, qui se produit chaque année.
Selon vous, l’État doit-il renforcer le contrôle des prix et le système de surveillance mis en place ?
Beaucoup de gens se trompent en pensant que les contrôleurs peuvent intervenir directement sur les prix. Il est important de comprendre qu’en Algérie, certains produits ont des prix réglementés, comme le café, le sucre et l’huile de table, qui bénéficient déjà de subventions de l’État. D’autres produits ont des prix plafonnés, mais ne sont pas directement réglementés. Par exemple, la banane, la volaille ou la viande rouge ne sont pas soumises à une réglementation stricte, ce qui permet à n’importe quel commerçant de fixer librement son prix. Le seul moyen de maîtriser les prix est la régulation. Cela nécessite des contrôles en amont, ce qui signifie qu’il faut produire la quantité demandée par les consommateurs. Il est essentiel de veiller à ce que cette quantité de produits, comme la viande, soit disponible sur les marchés, pour tous les Algériens, en tenant compte des habitudes de consommation, surtout pendant les premières semaines où la demande est plus forte. Par exemple, durant la première semaine, il faudrait injecter sur les marchés deux fois la quantité habituelle de produits. Les mesures des pouvoirs publics doivent s’adapter aux habitudes de consommation et encadrer celles-ci en fonction des réalités culturelles des consommateurs.
Quelles sont les mesures que l’État doit prendre pour contrer ces pratiques commerciales nuisibles ?
En tant qu’association El-Aman, nous avons toujours réclamé, et continuons d’insister, pour que l’État et les pouvoirs publics, notamment le ministère du Commerce, exercent pleinement leur rôle régalien et régulateur. En premier lieu, en tant qu’autorité régalienne, l’État doit élaborer des lois et s’assurer de leur application effective sur le terrain. Ensuite, en tant qu’autorité régulatrice, l’État doit intervenir, pour réguler le marché. Cela implique de garantir l’approvisionnement en produits en quantité suffisante, pour répondre à la demande des consommateurs. Pour ce faire, des mesures doivent être prises, non seulement pendant le Ramadhan, mais sur le long terme, en construisant des infrastructures de distribution adaptées. De plus, il est essentiel de mettre en place des contrôles en amont, en vérifiant, par exemple, les dépenses des producteurs ou des importateurs, afin de connaître le prix de revient et ainsi mieux réguler les prix.




