Le cancer représente l’une des plus grandes menaces pour la santé publique en Algérie. Selon un communiqué publié le 9 octobre 2025 par l’association nationale El Aman pour la protection des consommateurs, plus de 54 000 nouveaux cas sont recensés chaque année dans le pays.
Ce chiffre alarmant, qui dépasse les estimations précédentes, appelle à une mobilisation collective. Intitulé «Le cancer en Algérie : un défi national qui nous concerne tous», ce document met en évidence non seulement la gravité de la situation (près de 13 femmes atteintes du cancer du sein en meurent chaque jour), mais aussi les actions concrètes que la société civile et les pouvoirs publics doivent entreprendre pour inverser la tendance. Le communiqué dresse un constat implacable : chaque année, plus de 54 000 Algériens sont diagnostiqués avoir un cancer. Ce nombre, qui équivaut à une petite ville entière touchée annuellement, souligne «l’urgence d’une réflexion nationale et d’actions concrètes à tous les niveaux de la société».
L’association insiste sur le fait que cette maladie n’est pas seulement «un problème médical, mais un enjeu sociétal impliquant les habitudes de consommation, l’environnement et les politiques publiques». Ces statistiques s’inscrivent dans un contexte mondial où le cancer est la deuxième cause de mortalité, mais en Algérie, elles révèlent des vulnérabilités spécifiques. Par exemple, les cancers les plus fréquents incluent «ceux du sein, du colorectal, du poumon et de la prostate, souvent liés à des facteurs environnementaux et alimentaires».
Le communiqué appelle à une prise de conscience face à cette réalité qui menace la santé des familles. Il s’agit d’un appel à l’action collective, où chaque citoyen est invité à adopter des modes de vie préventifs. En exploitant ces données, on constate une augmentation de manière significative de cas ces dernières décennies, en partie due à «l’urbanisation rapide, à la pollution, au tabagisme et à des habitudes alimentaires influencées par l’industrie agroalimentaire». Un chiffre à prendre en considération : 80% de l’offre sur le marché sont des aliments ultra-transformés. L’association El Aman met l’accent sur le rôle des consommateurs dans cette équation, en proposant des orientations pour changer les comportements individuels.
L’appel à l’action
Elle invite à adopter un mode de vie préventif qui vise à réduire l’exposition aux facteurs de risque. Tout d’abord, elle encourage une alimentation «saine, variée et équilibrée», en privilégiant les produits locaux, naturels et peu transformés. Les spécialistes de la nutrition préconisent de revenir à une alimentation méditerranéenne recommandée pour la santé. Elle est riche en fruits, légumes, céréales complètes, noix, légumineuses, poissons et huile d’olive, et pauvre en viande rouge, aliments transformés et sucreries. Ensuite, l’activité physique régulière est mise en avant comme un pilier de la prévention. Un bilan de santé annuel est recommandé. Il faut promouvoir une culture de santé, d’hygiène et de prévention dans la famille, à l’école, à la mosquée et dans les médias. En adoptant ces mesures, les citoyens peuvent non seulement protéger leur santé, mais aussi contribuer à une pression collective sur les industries pour des pratiques plus responsables.
Le communiqué interpelle les pouvoirs publics avec un appel, demandant «une prise en charge rigoureuse de cette problématique nationale». Ils ne doivent pas se limiter à des discours sans évaluations et actions concrètes. Parmi les mesures prioritaires, on trouve le contrôle approfondi des produits issus de l’industrie agroalimentaire, la surveillance stricte des intrants chimiques utilisés en agriculture, élevage et transformation alimentaire, ainsi que le réexamen des procédés et formules de certains produits alimentaires en alignement avec les normes internationales de sécurité sanitaire. L’association appelle à la réduction du sucre, du sel et des graisses dans les produits alimentaires et au contrôle du marché des détergents, produits d’hygiène et cosmétiques.
Une révision du système national des subventions est proposée, afin de mettre fin au soutien des produits néfastes à la santé, comme la farine blanche raffinée, le pain blanc, le sucre et certaines graisses industrielles.
Au-delà des chiffres et des appels à la prévention, le communiqué pose implicitement une question fondamentale : la prise en charge des patients atteints de cancer en Algérie est-elle à la hauteur des enjeux ? Le système de santé fait face à une pression immense. Les centres d’oncologie sont souvent dans les grandes villes, comme Alger, Oran ou Constantine. Les régions rurales sont sous-équipées. De plus, le dépistage précoce reste insuffisant. Bien que des campagnes existent, elles manquent de portée nationale et de ressources. Cette question interpelle non seulement les autorités, mais toute la société.
Kamel Benelkadi




