Emission Service Public sur le thème des intoxications alimentaires pendant la saison estivale
Emission présentée par Mme Badia Hadad
Les invités :
- M. Menouar Hacene – Association Protection du consommateur
- M. Bilel Hassain – Organisateur du Street Food
- Mme Mélissa Mohmmedi – Directrice de la qualité Ministère du commerce
Cette vidéo est un enregistrement de l’émission radiophonique « Service Public » diffusée sur Radio Alger Chaîne 3 le dimanche 7 juin 2026 . Présentée par Badiaa Haddad, l’émission traite principalement de deux sujets : la campagne nationale de prévention contre les intoxications alimentaires et la 3e édition d’un festival culinaire à Alger
Résumé de l’émission :
Lors de cette émission, M. Menouar adopte la posture du « franc-tireur » de la sécurité sanitaire. Tout en saluant les efforts du ministère du Commerce, il pointe du doigt les réalités de terrain, l’anarchie de l’informel et appelle à une prise de conscience collective.
La lutte contre l’anarchie des marchés informels et les produits à haut risque
Hacène Menouar insiste sur le fait que la prévention ne doit pas être un effort uniquement estival, car les intoxications touchent aussi le Sud du pays où il fait chaud dix mois par an. Il dresse une liste noire des comportements d’achat informels et des produits les plus dangereux sur lesquels son association alerte constamment :
- Le thon rouge sur les trottoirs : Il dénonce avec force le fait de voir des citoyens, parfois au volant de voitures de luxe, s’arrêter pour acheter du thon rouge exposé en plein soleil sur le trottoir. Il rappelle que son association est déjà intervenue avec la Gendarmerie nationale pour faire arrêter ces vendeurs clandestins après de graves intoxications.
- L’eau minérale et les boissons « cuites » au soleil : Il pointe du doigt le stockage de l’eau en bouteille et des boissons colorées à l’extérieur des magasins, sous une chaleur étouffante. Il explique que sous l’effet des rayons solaires, le plastique (PET) se dégrade et libère des microplastiques toxiques,.
- La viande hachée pré-préparée : M. Menouar dénonce la pratique illégale des bouchers qui préparent de grands tas de viande hachée à l’avance, ou des restaurateurs qui laissent des brochettes et des kebabs s’accumuler dans des frigos dont on ignore s’ils restent allumés la nuit,.
Le transport longue distance : le maillon faible de la chaîne de froid
Fort de son expertise, Hacène Menouar met en lumière un problème logistique majeur : le transport des denrées périssables à travers l’Algérie.
« Transporter des viandes ou des boissons d’Alger jusqu’à Tamanrasset, c’est 3 jours de route sous une chaleur extrême. »
Il révèle une faille critique : lors des arrêts nocturnes ou des pauses de 8 heures, les chauffeurs de camion frigorifique ne trouvent pas de bornes électriques (380 V) pour brancher leurs équipements. Les frigos s’éteignent, la viande commence à se décongeler et les bactéries prolifèrent bien avant d’arriver dans l’assiette du consommateur.
Exigence de professionnalisation et contrôles nocturnes
Pour M. Menouar, il faut impérativement élever le niveau d’exigence en Algérie :
- Un certificat d’aptitude pour les serveurs : Il demande que les serveurs et manipulateurs d’aliments suivent une formation obligatoire d’une semaine dans un Centre de formation professionnelle (CFP) pour apprendre les bases de l’hygiène (ongles coupés, cheveux couverts, tabliers propres changés deux fois par jour),.
- Le piège des gants : Il relève une hypocrisie fréquente sur le terrain : le serveur qui porte des gants pour manipuler la nourriture, mais qui utilise ces mêmes gants pour encaisser l’argent et rendre la monnaie, annulant ainsi toute barrière sanitaire.
- Contrôler la nuit : Il interpelle les autorités sur la nécessité d’accentuer les contrôles d’hygiène nocturnes, notamment dans les quartiers connus pour leurs rôtisseries et fast-foods (comme Draria ou Chéraga), où l’affluence est massive jusqu’à minuit
L’appel au « Consom’acteur » et l’éducation dès l’enfance
Menouar refuse que l’on rejette toute la faute sur l’État. Selon lui, le premier contrôleur reste le citoyen lui-même :
- Le boycott citoyen : Si un consommateur voit du pain, du poisson ou de la viande suspendue à un arbre au bord de la route, il n’a pas besoin d’attendre un inspecteur : il doit simplement refuser d’acheter,.
- Les erreurs à la maison : Il rappelle que beaucoup d’intoxications sont domestiques. Les familles achètent des produits sains mais les contaminent chez elles en utilisant le même couteau non lavé pour couper la viande crue puis les pommes de terre, ou en nettoyant mal leur plan de travail.
- L’école comme lieu pédagogique : Enfin, il milite pour que les blocs sanitaires des écoles algériennes deviennent des lieux d’apprentissage pour enseigner le « baba » de l’hygiène et le lavage correct des mains aux enfants dès le plus jeune âge.
Sa réaction face au « Algiers Street Food Festival »
Bien qu’il avoue ne pas connaître ce festival précis avant l’émission, M. Menouar se montre immédiatement curieux et challenge l’organisateur. Il cherche à savoir quelle est la tranche d’âge qui fréquente ce type d’événement.
Il s’appuie sur une enquête publique menée par son association montrant que les Algériens de 45 ans et plus sont très casaniers culinairement et refusent de goûter à des nouveautés (comme les sushis ou les plats mexicains), contrairement à la nouvelle génération ultra-connectée. Il invite les organisateurs à imposer le cahier des charges le plus strict possible aux 65 restaurateurs sélectionnés.
Les trois autres interlocuteurs présents sur le plateau, apportent chacun un éclairage institutionnel, organisationnel ou journalistique en écho aux alertes de M. Menouar.
1. Mme Mélissa Mohamedi – L’approche institutionnelle et réglementaire
Inspectrice principale en chef, représentante du ministère du Commerce et de la Régulation du marché (Wilaya d’Alger)
Mme Mohamedi est venue présenter le dispositif officiel de l’État pour sécuriser la saison estivale. Son discours est axé sur la rigueur, le contrôle et les outils modernes de régulation.
- Le cadre légal et la feuille de route : Elle rappelle que la campagne nationale obéit à la loi 03-09 relative à la protection du consommateur et à la répression des fraudes. Ses équipes (réparties sur 13 inspections territoriales à Alger) occupent le terrain dans les centres commerciaux et les espaces de loisirs pour un contact direct avec les citoyens.
- La chasse aux manquements sanitaires : Face aux critiques sur le laisser-aller de certains commerces, elle assure que les inspecteurs sont intransigeants. Ils se déplacent avec des outils de mesure portatifs : des thermomètres pour vérifier le respect de la chaîne de froid et des testeurs d’huile (mesure de l’indice de peroxyde) pour s’assurer que les huiles de friture ne sont pas réutilisées jusqu’à devenir toxiques,.
- La traçabilité par le « plat témoin » : Elle insiste sur une obligation légale cruciale mais souvent méconnue : l’obligation pour toute restauration collective (cantines, salles des fêtes, hôtels) de conserver un « plat témoin » au frais. En cas d’intoxication, ce plat permet aux laboratoires d’isoler l’agent pathogène et de remonter à la source de la contamination.
- La collaboration intersectorielle : Elle explique que le ministère du Commerce ne travaille pas seul. Des brigades mixtes sont déployées avec la Direction de la Santé (pour surveiller les foyers épidémiologiques) et la Direction des Services Agricoles (notamment avec des inspecteurs vétérinaires pour contrôler la santé animale et contrer la vente de lait cru porteur de la brucellose),.
- Le signalement numérique : Elle exhorte les citoyens à utiliser l’application officielle « Morfercom » (sur Android) ou le numéro vert 10 20 pour photographier et signaler immédiatement aux autorités tout local ou produit représentant un danger,.
2. M. Bilal Hassain – La vitrine de la « Street Food » structurée
Organisateur du « Algiers Street Food Festival »
- Hassain intervient pour montrer qu’il est possible de concilier la culture du manger dans la rue (très prisée par les jeunes) et le respect absolu des normes sanitaires.
- Un succès multigénérationnel et digital : Il présente son festival (qui se tient du 11 au 15 juin au Parc écologique des Sablettes) comme le plus grand événement culinaire du pays, boosté par les réseaux sociaux,. Pour répondre à la question de M. Menouar, il précise que si les jeunes branchés sont la cible principale, l’événement est familial (de 4 à 65 ans) grâce à des concepts de « petites portions à petits prix » permettant de tout goûter (sushis, tacos mexicains, plats traditionnels),.
- Un filtre drastique à l’entrée : Face aux craintes de l’association des consommateurs, M. Hassain met en avant son cahier des charges : sur 570 restaurateurs algériens qui ont postulé via une plateforme en ligne, seuls 65 ont été retenus après une sélection rigoureuse basée sur l’hygiène, la sécurité et la notoriété.
- Sécurité sous contrôle professionnel : Pour l’événement, il explique avoir engagé des prestataires professionnels pour surveiller quotidiennement la conformité des installations (électricité, gaz) et encadrer les restaurateurs sur le volet de l’hygiène, afin de garantir un risque zéro durant les 5 jours de fête.
3. Mme Badiaa Haddad – Le fil conducteur journalistique
Animatrice et présentatrice de l’émission « Service Public »
Mme Haddad joue le rôle de médiatrice en posant les questions que se posent les citoyens au quotidien.
- L’ancrage dans le quotidien : Dès l’introduction, elle connecte l’émission à la réalité des familles algériennes (en envoyant des encouragements aux parents et aux lycéens qui passent le baccalauréat en ce mois de juin).
- La relance sur les points sensibles : C’est elle qui pousse les invités à parler des habitudes de consommation des Algériens (la fameuse pause déjeuner « frite-omelette » ou « pizza carrée »), et qui pousse Mme Mohamedi dans ses retranchements en lui demandant concrètement comment un inspecteur peut voir si une huile a été réutilisée ou si un cuisinier a son certificat médical,.
- Le rappel de la règle d’or : Tout au long de l’émission, elle martèle le message clé de prévention : en été, pour éviter d’offrir un terrain de jeu idéal aux bactéries, il faut impérativement « maîtriser le chaud et le froid »,.




