Consommation en Algérie : Le cri d’alarme de Hacène Menouar pour un changement radical de culture
À l’approche du mois de Ramadan, une période souvent synonyme de frénésie d’achat et de déséquilibres alimentaires, Hacène Menouar, président de l’association EL AMAN, tire la sonnette d’alarme. Entre dérives sanitaires et gaspillage économique, il appelle à une véritable « réévolution » de nos habitudes.
Ramadan : « Une guerre » au lieu d’un apaisement
Pour M. Menouar, le constat est amer : le mois sacré est devenu une source de stress tant pour les citoyens que pour l’État.
« Malheureusement, les citoyens craignent le Ramadan et les pouvoirs publics craignent aussi le Ramadan. C’est comme si le Ramadan était une guerre. »
Il rappelle que ce mois devrait être celui de l’économie et de la santé, et non celui de la surconsommation. Il pointe du doigt le coût pour le Trésor public qui multiplie les importations d’appoint (viandes, volailles) pour alimenter un marché artificiellement tendu.
Le « sucre » et le « sel » : Une menace silencieuse
L’un des chevaux de bataille de l’association AMAN est la lutte contre l’excès de sucre et de sel dans les produits industriels locaux. M. Menouar révèle des chiffres inquiétants : l’Algérien consomme en moyenne 40 kg de sucre par an, contre une norme internationale de 10 kg.
« Nos boissons sont à 150g de sucre par litre, alors que la norme ne doit pas dépasser 100g. »
Concernant le pain, il dénonce une double peine : économique et sanitaire.
« Ce n’est pas le pain qu’on jette qui nous dérange le plus, c’est le pain qu’on mange. Il est surchargé de produits chimiques, de sucre pour le rendre croustillant, et de sel au double de la norme. »
L’alerte rouge sur les boissons énergisantes
- Menouar consacre une part importante de son intervention aux boissons énergisantes, qu’il qualifie de « calamité ». Il s’insurge contre leur accessibilité aux mineurs et leur marketing agressif.
« Ces boissons peuvent tuer. Elles sont décommandées aux moins de 16 ans, aux femmes enceintes et aux cardiaques, pourtant on voit des enfants en primaire avec des canettes. »
Il propose une solution radicale pour limiter les dégâts : la taxation forte.
« La canette ne doit pas coûter 80 dinars, elle doit coûter 400 ou 500 dinars pour limiter la consommation. »
Un retour aux sources : L’alimentation méditerranéenne
Le président de l’association AMAN regrette que les Algériens aient tourné le dos à leurs habitudes ancestrales. Il préconise de subventionner les produits sains (fruits de saison, légumes, huile d’olive) plutôt que des produits néfastes comme le sucre ou l’huile de table.
« Nous consommons 25 cl d’huile d’olive par individu par an, alors qu’en Grèce ils sont à 15 litres. Nous sommes malades parce que nous ne consommons pas méditerranéen. »
L’école, dernier rempart pour l’avenir
Pour Hacène Menouar, le changement ne viendra pas des adultes, souvent « rebelles » au changement, mais des enfants. Il plaide pour que les cantines scolaires deviennent des espaces pédagogiques où des nutritionnistes enseignent l’art de bien manger.
« Travaillons sur l’enfant et l’adolescent, c’est eux l’avenir. On devrait même noter les enfants qui mangent bien à la cantine pour les inciter. »
Conclusion : L’appel de M. Menouar est clair : il est temps de passer d’une consommation de « quantité » et de « populisme » à une consommation de « qualité » pour préserver la santé publique et la souveraineté économique du pays.




