Soulignant l’importance de la régulation de la consommation, du contrôle des produits et du développement des modes de consommation, Hacène Menouar, président de l’association El-Aman pour la protection du consommateur, revient dans cet entretien sur les priorités à observer par les consommateurs et les pouvoirs publics pour une gestion efficace du mois de Ramadhan, tant sur le plan de la consommation que de la santé.
L’Expression : Que pensez-vous des dispositions prises par l’État tout au long de l’année pour la gestion du mois de Ramadhan ?
Hacène Menouar : Nous apprécions l’implication grandissante des pouvoirs publics dans la préparation du mois de Ramadhan. Toutefois, en tant qu’association de protection des consommateurs, nous aurions souhaité que ces mesures soient appliquées tout au long de l’année afin d’encourager une consommation saine et responsable, et non pas uniquement en période de Ramadhan. Nous espérons voir ce mois sacré retrouver ses valeurs fondamentales : réduire les volumes de consommation, maîtriser les dépenses et lutter contre le gaspillage. À nos yeux, Ramadhan devrait être un mois dédié à la santé et à l’équilibre financier des ménages. C’est pourquoi les actions et initiatives des pouvoirs publics devraient être pérennisées et orientées vers une régulation plus approfondie du marché. Cela passe par la mise en place d’infrastructures adaptées, l’élaboration d’une cartographie efficace de la production agricole, la libération du foncier pour les grandes surfaces commerciales et la création de marchés de proximité permanents. Il est également essentiel d’appliquer un contrôle rigoureux sur les produits pouvant être dangereux pour la santé des consommateurs.
Comment évaluez-vous les actions menées pour garantir la disponibilité des produits et stabiliser les prix, notamment à travers l’importation de viande ?
Il est vrai que les importations d’appoint peuvent pallier certaines insuffisances mais, à long terme, elles risquent d’avoir un impact négatif sur le Trésor public et l’économie nationale. L’objectif doit être de réduire la facture des importations tout en renforçant la production locale afin d’assurer l’autosuffisance alimentaire, en particulier à l’approche du mois de Ramadhan. Nous devons encourager la production nationale, ce qui permettra non seulement d’assurer les besoins de consommation, mais aussi d’améliorer les processus de production et d’élever les standards de qualité des produits.
Que pouvez-vous nous dire sur l’évolution des modes de consommation en Algérie ?
Il y a un effort considérable à fournir pour instaurer une culture de consommation saine. Malheureusement, ces dernières années, nous avons constaté une dégradation inquiétante des comportements de consommation.
Un travail colossal reste à accomplir en matière de sensibilisation et de protection du consommateur. Cette mission incombe à plusieurs acteurs, notamment le ministère du Commerce, de l’Éducation, des Affaires religieuses, ainsi qu’aux médias. Ces institutions doivent intensifier leurs efforts, non seulement pour promouvoir des modes de consommation plus responsables, mais aussi pour lutter contre la publicité abusive de produits nuisibles à la santé. Car les conséquences peuvent être graves et coûteuses, tant sur le plan sanitaire qu’économique.
Que pensez-vous des actions de lutte contre la spéculation ?
Il y a eu des avancées notables, mais beaucoup reste à faire. On trouve encore des produits dangereux vendus dans le circuit informel, notamment via les réseaux sociaux, où certaines marchandises sont livrées directement aux consommateurs sans aucun contrôle sanitaire ou réglementaire. Il existe un réel problème de normalisation et de contrôle. Si la lutte contre la spéculation est essentielle, la lutte contre l’économie informelle l’est tout autant. Cela passe par la numérisation des systèmes de gestion et de distribution ainsi que par l’éradication des circuits de distribution illégaux.
Quelles recommandations formule l’association El-Aman pour atteindre ces objectifs ?
Nous sollicitons l’intervention du président de la République, qui a déjà donné plusieurs instructions en faveur de la protection du consommateur et de la régulation du marché. Nous appelons à la mise en œuvre de réformes cruciales, notamment, l’adoption d’un règlement technique visant à réduire les taux de sucre dans les boissons ; la diminution de l’usage des pesticides et engrais chimiques dans l’agriculture ; et le maintien et le renforcement des campagnes de sensibilisation à grande échelle.
Un dernier mot…
Le mois de Ramadhan est une école de discipline et de modération. Il doit nous apprendre à mieux consommer, à jeûner de manière saine, en évitant les excès, à maintenir un équilibre entre travail et culte et à limiter les longues veillées inutiles. Nous adressons également un message aux personnes atteintes de maladies chroniques : avant d’entreprendre le jeûne, il est impératif de consulter un médecin afin d’évaluer les risques pour leur santé.
Par Ali AMZAL




