Utilisation des TPE «Il faut accorder des avantages fiscaux aux commerçants» -Par Mr Hacène Menouar

L’utilisation des terminaux de paiement électronique (TPE) a, certes, connu une évolution appréciable en comparaison aux années précédentes, mais le secteur du commerce n’a pas encore atteint les objectifs fixés. Cela est dû au fait que les commerçants n’ont pas adopté ce mode de paiement. Partagez-vous ce constat ?  

Les responsables du secteur du commerce ont pointé du doigt les consommateurs qui ne veulent pas recourir au paiement électronique via les TPE. Oui, nous avons cette culture de l’espèce et cette crainte de tout ce qui est électronique, virement de banque à banque, à cause d’un problème de confiance. La réalité est que pour 1,2 million de commerçants en activité, l’on a installé que 50.000 TPE. Ce qui est insuffisant. Il se pose donc un problème de disponibilité. Se pose aussi la contrainte d’accès puisque ce sont des appareils qui coûtent cher. Ce ne sont pas tous les commerçants qui peuvent se le procurer. L’autre écueil a trait au problème de l’Internet qui n’est pas généralisé avec des débits pas encourageants, des coupures, etc. A cela, il y a lieu d’ajouter le fait que ce n’est pas tout le monde qui est bancarisé, pas tous les commerçants qui ont un compte bancaire actif et des cartes bancaires. Autant de difficultés qu’il faut régler rapidement si l’on veut accélérer le processus d’utilisation des TPE dans le secteur du commerce.     

 

Quelles sont les arguments avancés par les commerçants pour justifier leur refus de se doter de TPE et de ne pas appliquer ce mode de paiement ?

Les commerçants essayent d’éviter d’installer des TPE, pour que l’argent ne transite pas par un compte bancaire professionnel ou commercial. Ce qui les obligera à payer des impôts. C’est à partir des relevés bancaires que les directions des impôts vont vérifier les recettes de chacun. D’où leur aversion à installer des TPE. Nous, en tant qu’association de protection des consommateurs, nous avons demandé aux pouvoirs publics d’accorder des avantages fiscaux pour tout argent qui entre par TPE du moins pendant un an ou deux ans afin d’encourager tous les commerçants à adopter ce mode de paiement.  

Vous, en tant que président de l’Association nationale des consommateurs, quelle est votre appréciation de cette mesure, obligeant le commerçant à appliquer cette procédure ? 

Les pouvoirs publics ne peuvent pas contraindre les commerçants à adopter ce mode de paiement. En plus, ce n’est pas tout le monde qui peut bénéficier d’un TPE gratuitement. Les banques ne le donnent qu’à leurs gros clients. Un petit commerçant qui fait 5.000 DA de recettes par jour n’est pas intéressé par l’acquisition d’un TPE. Il faut accorder des avantages aux commerçants pour utiliser ces TPE et ces derniers doivent attirer leurs clients via des mesures incitatives avec des remises sur des produits. Avec ce mode de paiement électronique, nous pouvons réduire les méfaits du commerce informel estimé à plus de 520 milliards de dollars et remettre cet argent dans le circuit bancaire officiel.  

Pourtant, la réglementation et les dispositions de la loi de finances 2024 stipulent l’obligation pour tout commerçant ou agent économique de mettre à la disposition du consommateur des TPE pour lui permettre, à sa demande, de régler le montant de ses achats par carte de paiement ?

Depuis 2017, on promet de généraliser l’installation de ces TPE à l’échelle nationale mais ce n’est pas encore fait. Pour dépasser le million TPE, il faut assurer une production locale et l’importation de ces appareils. Toutefois, il faudrait commencer par les hypermarchés, les supérettes, les hôtels, les stations de service, les restaurants, les pharmacies, les professionnels, avant d’arriver aux épiciers.

Quelles solutions préconiseriez-vous pour résoudre cette problématique qui commence à peser négativement sur la scène économico-commerciale ?

Il va falloir qu’il y ait de l’attraction. Attirer et convaincre les commerçants à choisir ce mode de paiement avec des avantages fiscaux. Leur promettre par exemple que l’argent qui transite par ce mode électronique ne sera pas imposable. Pour le consommateur, celui qui paye par carte, payera moins cher.

Entretien réalisé par B. K.

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