Sécurité routière en Algérie : Vers un durcissement historique du Code de la route pour stopper l’hécatombe
Face à des statistiques alarmantes qui ne fléchissent pas depuis une décennie, le gouvernement algérien prépare une réforme en profondeur du Code de la route. Entre permis à points, durcissement des sanctions et responsabilisation des entreprises, le plateau de l’émission « Visions » décrypte les enjeux de ce nouveau texte législatif qui place la préservation de la vie humaine au cœur des priorités nationales.
Chaque année, les routes algériennes tuent plus de 4 000 personnes et font près de 25 000 blessés. Un constat « pharaonique » selon Hacène Menouar, président de l’association de protection des consommateurs ( EL AMAN), présent sur le plateau de Canal Algérie. Derrière ces chiffres froids se cachent des tragédies humaines, mais aussi un coût économique colossal estimé à près de 2 % du PIB national.
Le permis à points : le « passeport » de la discorde et de l’espoir
La grande nouveauté de cet avant-projet de loi est l’introduction imminente du permis à points. Présenté comme un outil pédagogique et dissuasif, il vise à responsabiliser les conducteurs, notamment les plus jeunes. « Le permis à points va instaurer une forme de crainte positive ; l’usager aura peur de perdre ce précieux sésame qui est souvent son outil de travail », explique le consultant Sami Kaidi. En cas de perte totale des points, les contrevenants devront repasser l’examen, que les intervenants souhaitent voir devenir aussi rigoureux que le baccalauréat pour éliminer toute « complaisance ».
En finir avec l’impunité des professionnels
La réforme ne cible pas uniquement les particuliers. Un accent particulier est mis sur le transport de voyageurs et de marchandises. L’idée est d’instaurer une responsabilité collective : si un chauffeur commet une infraction grave ou cause un drame, l’entreprise qui l’emploie pourra voir sa licence retirée.
Mr Hacène Menouar insiste sur la nécessité d’imposer des équipements électroniques comme le chronotachygraphe (le « mouchard ») pour contrôler le temps de conduite et obliger les transporteurs à engager des chauffeurs doubleurs pour les longs trajets.
Infrastructures et technologies : les autres fronts
Si le facteur humain est responsable de la majorité des accidents, l’état des infrastructures est également pointé du doigt. Mohammed Ashir, économiste, souligne que la responsabilité des entreprises de BTP doit être engagée en cas de malfaçons (virages mal calculés, signalisation défaillante). Le recours aux nouvelles technologies est présenté comme la solution d’avenir : radars fixes, caméras de surveillance et signalisation intelligente doivent remplacer les ralentisseurs anarchiques pour réguler la vitesse de manière systématique.
La « répression éducative » : un nouveau paradigme
Le débat s’est conclu sur une notion forte : la « répression éducative ». Pour les invités, la sensibilisation seule a montré ses limites. Il faut désormais toucher le portefeuille et le permis pour induire un changement de comportement. Cependant, l’éducation à long terme reste la clé. Mr Hacène Menouar plaide pour l’intégration de la sécurité routière dans les programmes scolaires dès le plus jeune âge, ainsi que pour un rôle accru des leaders d’opinion et des imams pour transformer la conduite en un acte de civisme et de respect de la vie d’autrui.
Alors que l’avant-projet de loi doit prochainement passer devant les deux chambres du Parlement, l’espoir est grand de voir l’Algérie quitter le haut du classement mondial de la mortalité routière pour rejoindre les standards des pays où la route ne tue plus.



