Hacène Menouar. Président de l’association El Aman : «Les durcissements du code de la route doivent s’accompagner d’autres mesures»

  • Quelle lecture faites-vous, en tant qu’association de protection des consommateurs, des nouvelles mesures du code de la route ?

D’abord, en tant qu’association des consommateurs El Aman, on reçoit et on perçoit toujours positivement toute action qui vient des hautes instances du pays, donc des pouvoirs publics, ce qui a été fait concernant le durcissement des sanctions pour le code de la route, nous disons d’abord que c’est une marque d’attention, d’éveil des consciences et puis maintenant, on sait que nous avons des pouvoirs publics qui au moins ont eu un regard positif par rapport non seulement à tous les décès, à tous les accidents macabres, mais aussi au plaidoyer des associations.

Toutefois, il reste encore beaucoup à faire. On peut considérer ce qui a été fait comme un début, mais d’un autre travail.

  • Vous suggérez d’approfondir davantage ce dossier et d’aller au-delà des mesures conjoncturelles ?

D’abord, le travail doit se faire pas seulement sur les conducteurs et bien sûr les usagers de la route, mais aussi un travail à faire au niveau de la correction au niveau des points noirs sur les routes, donc les travaux publics vont devoir avoir à faire auditer nos routes et surtout les endroits où il y a des accidents, pour corriger ce qu’il y a à corriger.

Donc s’il faudrait corriger dans la conception, dans les études, dans le matériau lui-même, dans la mise en œuvre, dans la réalisation de nos routes, il faut le faire parce que l’état des routes, leur conception, le tracé, les courbures ont été aussi une cause de graves accidents parfois mortels. Par exemple Djebahia, il est temps maintenant de prendre le courage à deux mains et de dire que cette route n’a pas rendu service aux populations, du moment qu’elle tue. 

Donc il va falloir peut-être dévier les poids lourds sur une autre trajectoire et revoir la conception et l’étude de cette route de manière à ce qu’elle ne provoque plus d’accident. Il doit y avoir d’autres exemples qu’on ne connaît pas évidemment. Et les pouvoirs publics doivent aussi durcir un peu la réglementation concernant la signalisation sur les routes.
Soit vertical ou horizontal, on manque de signalisation, c’est aussi une cause d’accident. On voit bien des chantiers mal signalés, des sorties d’autoroute qui sont mal signalées et tout ça, c’est aussi une cause d’accident. Les services de la Protection civile, les services de la gendarmerie, de la police doivent fournir des données concrètes, réelles, au pouvoir concerné afin de déterminer où il faut intervenir. 

Donc ne pas s’arrêter seulement sur la vitesse ou la ceinture de sécurité. Il y a aussi un travail à faire sur les équipements. Comment équiper nos camions, nos bus, de manière à ce que nos chauffeurs soient toujours sous surveillance. Il y a un travail à faire au niveau des auto-écoles. On attendait qu’en même temps qu’il y ait ce durcissement sur les automobilistes, il y ait aussi un durcissement au niveau des auto-écoles, les automobilistes ont des permis de ces auto-écoles qui les ont mal formés.

Ce n’est pas normal que les gens obtiennent des permis de conduire, alors que, dans la grande majorité des cas, ils ne savent pas encore conduire, ne connaissent pas le code de la route, ne respectent pas la priorité, ne respectent pas le rond-point, ne s’arrêtent pas au feu rouge, ne s’arrêtent pas au stop, parce normalement, il doit y avoir des gens qui ne doivent jamais accéder à ce permis. 

Donc, il y a des personnes qui peuvent être des cadres, des ingénieurs, des professeurs d’université, mais qui n’ont pas les capacités pour conduire.

  • Il faut aussi poser le problème du vieillissement du parc automobile et des pièces contrefaites ?

En effet, il y a aussi un travail à faire rapidement pour régler ce problème de vieillissement du parc automobile. On a beau sanctionner, revoir nos routes, la signalisation, le contrôle technique et l’auto-école, mais si on doit circuler avec des véhicules aux pneus très usés, la pièce détachée contrefaite, la voiture vieille, sans maintenance, sur une autoroute où des milliers de voitures circulent à 120 km à l’heure et parfois plus, évidemment dès qu’il a une petite défaillance, c’est l’hécatombe.

Ceci dit, écoutez, en tant qu’El Aman, nous sommes fiers d’être des éternels insatisfaits parce que le jour où tout sera bien réglé, on ne plus exister en tant qu’association, on fera autre chose.

En résumé, ce qui a été fait est bien, mais il reste encore beaucoup à faire. On attend en 2026 d’autres actions qui vont dans le sens de la préservation des vies et la protection du consommateur dans son droit de prendre la route en toute sécurité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

FORMULAIRE D'INSCRIPTION

Nom *
Prénom *
Email *
Numéro de téléphone *