Le président de l’association « Al-Aman » pour la protection du consommateur, Hacène Menouar, à El Masdar :
Avec la forte hausse des températures durant la saison estivale, la consommation d’électricité en Algérie atteint des niveaux records, en particulier en raison de l’utilisation intensive des climatiseurs, ce qui exerce une pression accrue sur le réseau électrique et relance le débat sur l’importance de la rationalisation de la consommation.
Alors que les campagnes de sensibilisation destinées aux citoyens se poursuivent pour les encourager à économiser l’énergie, des spécialistes et des associations de protection des consommateurs estiment que le traitement de ce dossier ne peut se limiter au seul changement de comportement du consommateur. Il exige des réformes structurelles englobant le secteur du logement, la qualité des appareils électroménagers et le réhaussement des normes d’efficacité énergétique.
Dans ce contexte, le président de l’Association nationale pour la protection du consommateur « Al-Aman », Hacène Menouar, a affirmé que la rationalisation de la consommation d’énergie, au même titre que celle de l’eau, figure parmi les dossiers stratégiques les plus importants sur lesquels travaille l’association depuis des années, soulignant que le monde se dirige vers une concurrence accrue pour ces deux ressources vitales.
M. Menouar a expliqué, dans une déclaration à El Masdar, que les campagnes de sensibilisation saisonnières qui se limitent à inviter les citoyens à régler les climatiseurs sur 24 °C ou à fermer les rideaux ne suffisent plus, car elles n’ont pas produit les résultats escomptés malgré leur répétition depuis plusieurs années. Il a attribué cela à l’ignorance des véritables causes de la hausse de la consommation d’énergie, au premier rang desquelles figure l’absence d’isolation thermique dans la majorité des bâtiments.
Il a ajouté qu’exiger du citoyen qu’il règle son climatiseur sur 24 ou 25 °C dans une maison dépourvue d’isolation thermique est irréaliste, car le climatiseur aura besoin de plus de temps pour refroidir le logement, ce qui pousse le consommateur à le faire fonctionner à des températures très basses.
Il a indiqué que l’association a soumis une série de propositions au Premier ministre, aux ministres de l’Énergie et du Logement ainsi qu’aux organismes concernés, comprenant l’obligation d’adopter l’isolation thermique dans les nouvelles constructions, et le refus d’octroyer des permis de construire ou des certificats de conformité aux projets qui ne respectent pas les normes d’efficacité énergétique, à l’instar de ce qui se fait dans de nombreux pays développés.
Il a également appelé à la révision du cahier des charges relatif à l’importation et à la fabrication des appareils électroménagers, de manière à interdire la commercialisation des équipements à forte consommation d’énergie, tout en instaurant un seuil minimal représenté par les appareils classés A++ et plus. Il a souligné que le citoyen s’intéresse généralement au prix et au service après-vente, tandis que la responsabilité de réguler le marché incombe aux pouvoirs publics.
Le président de l’association a proposé le lancement de programmes de financement bancaire sans intérêts pour aider les ménages à remplacer leurs anciens appareils par d’autres plus efficaces sur le plan énergétique, estimant que cet investissement contribuera à réduire la consommation de gaz destiné à la production d’électricité et à préserver les ressources nationales au profit des générations futures.
Dans le même ordre d’idées, il a insisté sur la nécessité d’ancrer une culture de responsabilité énergétique et environnementale chez les différents acteurs, affirmant que la protection des ressources n’est pas la seule responsabilité du citoyen, mais une responsabilité partagée entre l’État, les institutions et le consommateur.
M. Menouar a présenté un ensemble de conseils pratiques pour rationaliser la consommation durant l’été, notamment : faire fonctionner le climatiseur à basse température pendant une courte période pour refroidir la maison, puis la relever à 24 °C, tout en évitant d’utiliser les appareils électriques à forte consommation (tels que le fer à repasser, le lave-linge et le four) pendant les heures de pointe, qui s’étendent de 13h00 à 15h00, et de 19h00 jusqu’à 22h00 ou 23h00.
Il a également appelé à réduire l’utilisation des fours durant l’été en raison de la hausse de température qu’ils provoquent dans les foyers et de la pression supplémentaire sur les climatiseurs, en plus de suivre régulièrement les factures d’électricité pour rationaliser la consommation et éviter l’alourdissement des charges financières des ménages, malgré le maintien du soutien de l’État aux tarifs de l’électricité.
Ce mémorandum… 10 priorités pour bâtir une politique nationale de rationalisation de l’usage de l’énergie
Il ressort du mémorandum dont El Masdar a consulté une version abrégée, préparé par l’association « Al-Aman » sous le titre « Contribution de l’association Al-Aman pour une politique nationale de rationalisation de l’usage de l’énergie au service de la souveraineté nationale, du développement économique et de la préservation des droits des générations futures », que son objectif est de proposer un ensemble de mesures pratiques et réalisables pour renforcer la politique nationale de rationalisation de l’usage de l’énergie, élever la performance énergétique et faire de l’efficacité énergétique un pilier fondamental pour soutenir la souveraineté nationale, consolider le développement économique et préserver les droits des générations futures.
L’association a affirmé dans ce document que la rationalisation de l’usage de l’énergie est devenue aujourd’hui l’un des défis stratégiques les plus importants auxquels l’Algérie est confrontée, face à la hausse continue de la demande énergétique et à l’impératif de préserver les ressources nationales, au premier rang desquelles le gaz naturel, considéré comme une richesse stratégique devant être exploitée de manière rationnelle au profit des générations actuelles et futures.
Malgré les efforts déployés par l’État au cours des deux dernières décennies à travers le lancement de programmes, d’organismes et de mécanismes pour promouvoir l’efficacité énergétique, l’association estime que les résultats atteints restent en deçà des ambitions et des moyens mobilisés, ce qui nécessite d’adopter une nouvelle approche basée sur la mesure des résultats, l’amélioration de la coordination intersectorielle et le renforcement d’une culture de performance et d’efficacité.
Le document explique que cette contribution est le fruit d’une série de sessions de concertation et de réflexion ayant réuni des experts, des professeurs d’université, des ingénieurs, des architectes et des spécialistes de plusieurs secteurs, partant de la conviction que le rôle de la société civile ne se limite pas à la sensibilisation, mais qu’elle constitue également une force de proposition et un partenaire dans l’élaboration des politiques publiques.
L’association a proposé dans son mémorandum dix priorités jugées nécessaires pour établir une politique nationale efficace de rationalisation de l’usage de l’énergie :
Faire de la rationalisation de l’usage de l’énergie une priorité nationale en renforçant la gouvernance et la coordination entre les différents secteurs, et en adoptant des indicateurs nationaux pour mesurer la performance et suivre les résultats.
Généraliser l’obligation d’intégrer des critères de performance énergétique dans les permis de construire et les cahiers des charges des projets publics, des programmes de logement et des équipements publics.
Encourager la construction économe en énergie par l’adoption de l’architecture bioclimatique, le renforcement de l’isolation thermique, l’utilisation de matériaux de construction à haute performance thermique, ainsi que l’encouragement de la rénovation énergétique des bâtiments.
Moderniser l’éclairage public et les réseaux électriques en généralisant l’éclairage par technologie LED, en adoptant des systèmes de gestion intelligente et des compteurs intelligents, et en renforçant les programmes de maintenance périodique.
Encourager l’acquisition d’équipements à haute efficacité énergétique, y compris les appareils électroménagers à faible consommation, les systèmes de chauffage et de climatisation à haut rendement, les pompes à eau économiques et les équipements électromécaniques à haute efficacité.
Accélérer le développement des énergies renouvelables en soutenant l’auto-production d’électricité, en encourageant le stockage d’énergie, en développant des réseaux intelligents et en mettant en place des mécanismes pour stimuler l’investissement et le rachat du surplus d’électricité produite.
Faire des structures publiques un modèle de rationalisation énergétique, en intégrant les normes de performance énergétique dans les bâtiments et équipements publics, en réalisant des audits énergétiques périodiques et en liant l’évaluation des responsables aux résultats obtenus en matière de rationalisation.
Ancrer une culture nationale de rationalisation de l’énergie en intégrant ce sujet dans les programmes scolaires, universitaires et de formation professionnelle, et en impliquant les mosquées, les médias et les associations dans la diffusion d’une culture de consommation responsable.
Encourager les initiatives et valoriser l’excellence en créant un prix national annuel pour la performance énergétique remarquable, en valorisant les initiatives exemplaires et en instaurant des mécanismes d’encouragement et de distinction.
Adopter un système de suivi, d’évaluation et de transparence, fondé sur des indicateurs nationaux de performance et la publication d’un rapport annuel retraçant les résultats de la politique de rationalisation énergétique et le niveau d’atteinte de ses objectifs.




