Emission: « L’invité du jour » du Mardi 07/01/2025 :
• M. Hacène MENOUAR – président de l’association de consommateurs « El-Amane ».
Présenté par : Narimane MENDIL
Face aux mutations brutales des habitudes de consommation et à la montée des risques sanitaires, le président de l’association de protection des consommateurs El-Amane, Hacène Menouar, appelle à une véritable révolution des mentalités et des structures commerciales. Retour sur les points clés de son intervention.
1. Le constat d’une « dérive » nutritionnelle
L’enquête menée par l’association révèle une rupture avec le modèle alimentaire traditionnel, jugé plus protecteur pour la santé.
« Nous avions des modes de consommation ancestraux qui nous convenaient, qui convenaient à la santé… on était moins malade que maintenant. Tous ces changements ont tout perturbé. »
M. Menouar pointe du doigt l’omniprésence du sucre, du sel et des produits transformés, dénonçant un paradoxe économique et sanitaire :
« C’est de la nourriture qu’on achète avec de l’argent, parfois assez cher, et avec laquelle on se fait tomber malade. »
2. L’informel, un « trou noir » pour le pouvoir d’achat
Pour le président d’El-Amane, l’anarchie des circuits de distribution est le premier ennemi du portefeuille des Algériens. Avec plus de 50 % de l’activité dans l’informel, le consommateur perd tout contrôle.
« L’informel, c’est qu’il n’y a pas de traçabilité, pas de facturation, pas d’impôts, mais surtout un risque de sécurité sanitaire. »
Il explique que cette opacité favorise les spéculateurs au détriment du producteur et du citoyen :
« Les intermédiaires illicites, les opportunistes, font que les produits nous arrivent à nos tables très chers. Un produit vendu par le producteur à 40 dinars arrive au dernier maillon à trois ou quatre fois son prix. »
3. L’urgence d’une régulation moderne
Pour assainir le marché, M. Menouar préconise le développement massif des grandes surfaces et la numérisation des flux.
« L’hypermarché va nous faire éviter tous les intermédiaires qui prennent chacun une marge, parfois d’une manière informelle dont même le Trésor public ne bénéficie pas. »
Il interpelle également les élus locaux sur la nécessité de s’impliquer dans la gestion des marchés de proximité :
« Je parle aux 1542 présidents d’APC : ces espaces, gardez-les pour toute l’année… donnez-nous la possibilité, en tant que consommateurs, de trouver un endroit digne. »
4. Alerte sur les boissons énergisantes et le pain
L’un des moments les plus graves de son intervention concerne la protection des jeunes face aux nouveaux produits industriels.
Sur les boissons énergisantes :
« On commence à avoir des morts suspectes où on suspecte justement la consommation de ces boissons… on voudrait que le ministère du Commerce procède à des contrôles rigoureux, surtout dans les salles de sport. »
Sur la qualité du pain :
« Les boulangers déclarent qu’ils utilisent le sucre, qui est plafonné, pour améliorer la qualité du pain… le pain devient un vecteur de maladies, notamment les cancers du côlon. »
5. Un appel au civisme pour le Ramadan
À l’approche du mois sacré, Hacène Menouar milite pour une consommation raisonnée, loin de la frénésie habituelle et du gaspillage (estimé à près de 40 %).
« On voudrait que ce soit un non-événement de consommation. Il faudrait qu’on revienne à la réalité du mois de Ramadan : c’est le mois où on devrait, au contraire, consommer moins et faire plus d’économie. »
Il conclut par une invitation à la souveraineté du citoyen :
« Il est temps que le consommateur algérien reprenne sa place de roi. »
Analyse : Le message de M. Menouar est clair : la protection du consommateur ne dépend pas seulement des lois, mais d’une alliance entre la numérisation de l’État, la formalisation des commerçants et la vigilance des citoyens.


